Fin de partie : sourire à la mort

Après avoir appris à grandir puis à vieillir, nul ne sait comment tirer sa révérence. Une fois la vie domptée, une seule certitude demeure : celle de vouloir finir ses jours le plus paisiblement possible. Tandis que Michael Haneke avait opté pour le huis clos dramatique d’un couple d’octogénaires avec Amour (Palme d’or 2012 du Festival de Cannes), les réalisateurs israéliens Sharon Maymon et Tal Granit relèvent le challenge d’évoquer la fin de vie avec humour et dérision. Tragi-comédie bouleversante de justesse, Fin de partie combine sans fausse note gravité et légèreté de la narration.

Dans le décor sobre et tranquille d’une maison de retraite perchée sur les hauteurs de Jérusalem, une curieuse résistance s’organise. Impuissants face la mort à petit feu d’un de leurs amis, un groupe de pensionnaires imagine une machine capable de l’envoyer sans douleur de l’autre côté. Bien que conçue secrètement, la nouvelle de la « mercy-killing machine » ne tarde pas à s’ébruiter et à trouver preneurs pour ses services très spéciaux. Confrontée à un dilemme moral et à quelques cris au péché, l’équipe de vétérans décide de continuer ses interventions. Mais forcer le destin se révèle plus compliqué que prévu.

Le film étonne par la dextérité avec laquelle il jongle avec nos émotions. Capable de faire passer le spectateur du rire aux larmes, il réalise même la délicate acrobatie de faire cohabiter les deux dans certaines scènes.

© Eurozoom Distribution

Si la question de l’euthanasie a déjà inspiré plusieurs longs métrages, Fin de partie se distingue par son originalité de ton. Le film étonne par la dextérité avec laquelle il jongle avec nos émotions. Capable de faire passer le spectateur du rire aux larmes, il réalise même la délicate acrobatie de faire cohabiter les deux dans certaines scènes. La jubilation est grande devant le quiproquo où la crise de sanglots endeuillée des personnages leur évite une contravention routière. Fin de partie régale par l’étendue et la finesse de ses procédés comiques, mais pas seulement. Outre la qualité d’une mise en scène qui prend parfois des allures de très bon vaudeville, il impressionne par son habilité à superposer le rire à une profonde réflexion sur la condition humaine. C’est là que réside le tour de force du film : aborder des thèmes comme la mort, la maladie et la vieillesse et parvenir à en extraire une ode formidable à la vie. Se moquer du pire pour sublimer le meilleur : voilà qui pourrait résumer la philosophie de Fin de Partie, film éminemment poétique. Pour valoriser cette maxime, le choix du casting est important et là encore, le film touche juste avec sa belle brochette de seniors. Remarquables à la fois par leurs jeux d’acteurs et par la profondeur de leurs rôles, ils affichent une galerie authentique et universelle de portraits marqués par la vie. Les corps vieillissent mais pas les esprits. Davantage qu’un film sur l’art de dire adieu, Fin de partie pose un regard compatissant sur celui, pas moins complexe, de vieillir. Histoires d’amitié et d’amour se mêlent aux questionnements existentiels posés par un récit qui, s’il pose une question épineuse, ne prend jamais son spectateur en otage. Pour Sharon Maymon et Tal Granit, pas de bonne ou de mauvaise réponse sur l’euthanasie mais une revendication forte : on peut rire de tout, et surtout de la mort. Une démarche déjà saluée puisque le film a remporté le Prix du Public 2014 au Festival international de Venise et ceux de Meilleure Caméra et de Meilleur Acteur pour Ze’ev Revach (acteur culte en Israël) décernés par l’Académie du Film israélien. Mazel tov !

Sortie le 3 juin 2015. Réalisé par Sharon Mayron et Tal Granit. Avec :  Ze’ev Revach, Levana Finkelstein, Ilan Dar, Rafael Tabor et Aliza Rosen. Durée : 1H35. Distribution : FRENETIC FILMS AG.

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