Connaissez-vous Gillian Flynn? C’est cette romancière américaine qui a inspiré la réalisation de Gone Girl, le dernier film célébré de David Fincher. Cette fois, elle fait parler d’elle en voyant un autre de ses romans porté à l’écran : Dark Places. Salué par Stephen King en personne (rien que ça), le polar recompose le puzzle glaçant d’une nuit meurtrière dans le Midwest des années 80. En l’adaptant au cinéma, le français Gilles Paquet-Brenner rend justice à la plume acérée de son auteure en nous en proposant une version aussi captivante qu’effrayante.
Polar millimétré, Dark Places raconte l’histoire de Libby Day (Charlize Theron), fillette devenue orpheline après le massacre de sa famille par son propre frère. Seule rescapée du drame, elle grandit en vivant sur les recettes de sa macabre célébrité. Seize années passent. Adulte et fauchée, Libby est contactée par le Kill Club, groupe de passionnés de faits divers criminels. Résolu à élucider les zones d’ombres laissées par celui de la famille Day, son leader (Nicholas Hoult) veut la persuader de revenir sur le témoignage qui a conduit son frère derrière les barreaux.
Ballotté dans une action conjuguée au passé et au présent, le spectateur relève les indices tapis dans l’obscurité et reste sur le qui-vive de la moindre révélation qui fera basculer le récit.

Dark Places fait référence aux lieux sombres de notre inconscient, à ces souvenirs restés opaques car insupportables. Ballotté dans une action conjuguée au passé et au présent, le spectateur relève les indices tapis dans l’obscurité et reste sur le qui-vive de la moindre révélation qui fera basculer le récit. Comme à la lecture d’un bon roman policier, il est laissé dans le brouillard jusqu’au dénouement final et reçoit juste assez d’information pour le comprendre à temps. Pas si évident de mettre en scène l’action de Dark Places, nébuleuse de flashbacks, entrecoupée d’ellipses. On s’y retrouve pourtant sans trop de difficulté, preuve que la transposition scénaristique a été dirigée avec précaution. Mais tandis que le plus grand soin est apporté aux allers-retours de ce jeu de piste à équations multiples, les acteurs peinent à exister. Certaines performances méritent pourtant que l’on s’y attarde, comme celle de Christina Hendricks (également à l’affiche du Lost River de Ryan Gosling) dans son rôle de matriarche sur le fil du rasoir. Nicholas Hoult, ex-héros de la série britannique Skins, se révèle enfin au grand public et la jeune Chloë Moretz (Kick-Ass, Hugo Cabret, Sils Maria) continue de s’assurer une carrière prometteuse. Seule Charlize Theron fait pâle figure en démontrant qu’il est possible d’endosser le rôle principal d’un film avec une seule et même (pauvre) expression plaquée sur le visage. Une erreur de casting sauvée de justesse par une ambiance fantasmagorique séduisante et une intrigue qui tient en haleine.
Entre thriller, polar et film d’épouvante, Dark Places réussit un savant mélange des genres et des thématiques. Parmi ces dernières, la famille est celle qui prend le plus de place. Refrain indémodable depuis la démence de Jack Nicholson qui poursuit la sienne armé d’une hache (dans le fameux Shining de Stanley Kubrick), la famille continue d’être le terrain de jeu préféré des professionnels du macabre pour mettre en scène nos pires angoisses. « Terror starts at home ».
Dark Places, de Gilles Paquet-Brenner, d’après le roman de Gillian Flynn, avec Charlize Theron, Nicholas Hoult, Chloe Moretz, Christina Hendricks, Corey Stoll, Tye Sheridan, Distribution : Afilms, Durée : 1h43, Sortie le 8 avril 2015.
