« D’après une histoire vraie ». « Inspiré de faits réels ». En bas des affiches, ces mentions attirent encore dans les salles obscures. Sorte de labels, elles intéressent le spectateur soucieux de combiner culture et divertissement. Pour les réalisateurs, elles sont aussi le moyen de parler de l’indicible. Plus à même de toucher les sensibilités, la fiction jouit d’une liberté plus vaste que le documentaire. Dans Retour à la vie, elle permet de déployer une riche palette de contrastes et de traiter d’autant de sujets tabous. Tout en revendiquant une esthétique et une poésie manifestes, Retour à la vie fait le récit d’un témoignage engagé et engageant sur les maux qui ravagent le Cambodge.
C’est là-bas que débarque Mia, photographe parisienne de renom, pour rejoindre son mari le temps d’une escapade. A peine arrivée, elle le surprend, client d’une maison close exploitant des enfants. Sous le choc de ses découvertes, elle s’enfuit en arrachant trois fillettes à l’enfer de leur quotidien. Animée par une soif de justice, elle décide de les ramener une à une dans leurs familles. Alors qu’elle traverse le Cambodge, son périple l’oblige à se confronter à ses propres démons et finit d’ébranler ses certitudes sur la vie.
Se servir de l’émotion et de l’esthétique pour sensibiliser le grand public n’est pas une nouveauté. Mais lorsqu’il s’agit de parler de sujets que le tabou réduit au silence, l’exercice s’avère plus compliqué.

Se servir de l’émotion et de l’esthétique pour sensibiliser le grand public n’est pas une nouveauté. Mais lorsqu’il s’agit de parler de sujets que le tabou réduit au silence, l’exercice s’avère plus compliqué. Porter à l’écran des faits passés et reconnus est autrement plus aisé que de romancer une réalité actuelle et inavouable. Grâce à des soutiens exclusivement associatifs, Retour à la vie dénonce pèle-mêle le tourisme sexuel, la prostitution infantile, l’esclavage moderne et le néo-colonialisme. Autant de thématiques que le film s’emploie à traiter avec subtilité et poésie. Sans jamais tomber dans l’apitoiement et le misérabilisme, la caméra des italiens Ilaria Borrelli (également actrice principale) et Guido Freddi cherche à capter l’authenticité d’un pays profondément troublé et cependant magnifique.
Au delà de l’engagement concret du film, c’est cette ambivalence que l’on retient le plus. Retour à la vie ne cherche pas seulement à heurter nos conceptions d’occidentaux naïfs (même si certaines scènes et répliques y parviennent très bien). Le film veut reproduire la complexité sociale et spirituelle d’un pays pour mieux déconstruire ses clichés. Scandalisés devant la maltraitance et la corruption à tout-va, la minute suivante nous autorise à nous extasier devant une flore luxuriante ou la majesté d’un éléphant. De même que l’horreur est exposée sans grande pudeur, la beauté des lieux du tournage est sublimée grâce à une succession de plans lumineux. Renfort du message, la volonté artistique de Retour à la vie s’exprime par une esthétique de l’image axée sur les dégradés de couleurs et de lumières. Par ces jeux de contrastes et de clair-obscurs, le film revêt une grille de lecture aussi riche que l’est son sujet. Soumis à la même logique, les personnages dévoilent leur lot d’aspérités et évitent les étiquettes. Les trois jeunes cambodgiennes ne sont pas apeurées et sans défense et Mia n’est pas représentée en messie tout-puissant. Seule la fin, grosse maladresse du film, est artificielle. Le coup du happy-end tape-à-l’oeil est aussi inattendu que malencontreux. Son seul mérite? Celui de nous rappeler que Retour à la vie est une fiction et que dans la fiction, tout peut toujours s’arranger…
Retour à la vie, de Ilaria Borrelli et Guido Freddi, avec Ilaria Borrelli, Philippe Caroit, Setha Moniroth; Durée : 1h30; Destiny Distribution; Sortie le 4 mars 2015.
