Listen up Philip : ciel mon ego!

Le cinéma indé n’est pas mort! Avec Listen Up Philip, Alex Ross Perry nous le rappelle haut et fort. Dans cette tragi-comédie, le jeune réalisateur tente de capter la complexité des rapports humains. Il nous parle relations sociales et démesure de l’ego sur fond d’humour acide. Dans la lignée des oeuvres d’un Woody Allen, d’un Noah Baumbach ou d’un Wes Anderson, Listen Up Philip charme par son joyeux désordre et son récit en forme de roman.

Ecrivain reconnu, Philip (Jason Schwartzman) vient de sortir son deuxième opus. Oppressé par les contraintes du succès et par sa relation amoureuse à bout de souffle, Philip veut prendre la fuite. Quand l’écrivain Ike Zimmerman (Jonathan Pryce) l’invite à se retirer dans sa maison de campagne, il saute sur l’occasion. Aux côtés de son mentor, il trouve le complice idéal à son gigantesque égo. A la fois drôle et misérable, Philip ne comprend pas ce qui attire les gens vers lui, et encore moins ce qui les éloigne.

Hériter du mumblecore (mouvance du cinéma indépendant américain des années 2000), Listen Up Philip rappelle que l’on peut faire beaucoup avec très peu. Issu de la génération DIY (Do It Yourself pour les novices), il se distingue par une production et une réalisation épurées. Comme d’autres avant lui, Listen Up Philip se penche sur les questionnements et les introspections des nouveaux adulescents. Drôles et grinçants, les dialogues (souvent improvisés) des acteurs prennent le pas sur la forme sciemment simplifiée.

Entre références classiques et modernes, Listen Up Philip fait figure d’OVNI cinématographique. Le théâtre et la littérature s’invitent à répétition dans le film, sorte de fil conducteur poétique.

Limité sur son budget, le film dévoile en revanche un casting très pro. Dans le rôle de Philip, Jason Schwartzman (élu récurrent de Wes Anderson) incarne à la perfection le paradoxe de son personnage, disséqué sous l’œil amusé et compatissant du spectateur. La galaxie humaine choisie pour graviter autour de lui est tout aussi soignée. On y retrouve le franc-parler et la force tranquille de Elisabeth Moss, qui nous avait déjà ravis dans Mad Men. Jonathan Pryce confirme son talent en génie odieux doublé d’un père indigne. Plus en retrait, les personnages de Krysten Ritter (dans la peau de la fille de Ike) et de Joséphine de La Baume (rivale et amante de Philip), sont tout aussi indispensables aux rebondissements de ce vaudeville déguisé.

Entre références classiques et modernes, Listen Up Philip fait figure d’OVNI cinématographique. Le théâtre et la littérature s’invitent à répétition dans le film, sorte de fil conducteur poétique. Les comportements très étudiés des acteurs ressemblent à ceux de comédiens sur leurs planches. Par dessus tout, la voix d’un narrateur résumant les pensées et les états d’âmes des protagonistes dissipe tous les doutes quant aux muses invoquées pour le film. Listen Up Philip, c’est l’un de ces bijoux hybrides qui, avec humilité, continuent d’enrichir les genres de moins en moins cloisonnés du cinéma. Conjugaison parfaite du drame et de la comédie, du comique de situation et du dialogue acerbe, Listen Up Philip prouve que le cinéma indépendant a encore de très beaux jours devant lui. Et c’est tant mieux!

Listen Up Philip, de Alex Ross Perry, avec Jason Schwartzman, Elisabeth Moss, Jonathan Pryce, Krysten Ritter, Joséphine de La Baume. Sortie le 21 janvier 2015, 1h48, Potemkine Films, Prix du Jury 2014 au Festival du film de Locarno. 

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