Invincible : in Zamperini we trust

L’année 2014 fut riche en biopics. Tantôt sur d’immenses célébrités comme Yves Saint Laurent (un par Lespert, un autre par Bonello) ou James Brown (Get On Up de Tate Taylor), tantôt sur d’illustres inconnus comme Ron Woodroof (héros du Dallas Buyers Club de Jean-Marc Vallée) ou Solomon Northup (Twelve years a slave de Steve McQueen). Encensés ou boudés, les biopics puisent souvent leur succès dans leur bon timing. En tout début d’année, Invincible tombe à pic. Pour sa deuxième fois derrière la caméra, Angelina Jolie redore le blason de la nation étoilée en s’intéressant à l’incroyable histoire de Louis Zamperini, athlète olympique et héros de la Seconde Guerre Mondiale. Après Au pays du sang et du miel (2012), histoire d’amour shakespearienne en plein conflit bosniaque, Invincible reste dans le thème guerrier mais pointe son viseur sur un seul homme. Adapté du bestseller éponyme de Laura Hillenbrand, cet hommage en grande pompe captive beaucoup et agace un peu.

Gamin, Louis passe son temps à se faire courir après. Souffre-douleur pour les uns, vaurien pour les autres, il finit par trouver sa voie dans la course à pied. Après avoir semé policiers et garnements, Louis alias la Tornade, distance ses concurrents jusqu’à la piste olympique. Mis au pas pendant la guerre, il s’y engage comme bombardier. Lorsque son avion se crashe au large du Pacifique, il doit survivre plusieurs semaines à l’abri d’un canot de sauvetage avant d’être repêché et fait prisonnier par l’armée japonaise.

Avec son esthétique spectaculaire et son récit en forme d’odyssée,Invincibleaffiche tous les critères du blockbuster. 

Champion, survivant, prisonnier de guerre puis héros : le portrait force le respect et réveille notre combativité. Le choix de la tête d’affiche (décisif dans le cinéma biographique) mérite une médaille d’or. Avec cette interprétation, Jack O’Connell se révèle pour de bon au grand public et quitte son costume d’ado à problèmes. Le badboy de Skins a bien grandi… Le reste du casting est sélectionné avec le même soin. L’irlandais Domhnall Gleeson (qui n’en finit pas de monter) se glisse dans la peau du compagnon d’infortune de Louis tandis que le rôle de son bourreau charismatique est confié à Miyavi, popstar nipponne qui s’offre son premier rôle au cinéma. Cette distribution réussie se conjugue à une trame tout aussi irréprochable. « Plume à deux têtes », les frères Coen manient le flashback et éclairent leur récit avec adresse. La lumière est aussi maîtrisée avec brio par Roger Deakins, chef opérateur habitué de l’univers coenien et dont les images, à couper le souffle, habillent le scénario avec force.

Solide en tout point, Invincible trouve sans mal sa place au sein de la grande famille des productions hollywoodiennes. Avec son esthétique spectaculaire et son récit en forme d’odyssée, il affiche tous les critères du blockbuster. Mais qui dit biopic à gros budget dit souvent trémolo dans la voix et sortie des violons. Invincible n’échappe pas à la règle et appuie fort sur les cordes du patriotisme et de la rédemption. Symbole d’une Amérique battante et « invincible », l’histoire de Louis Zamperini affiche la nostalgie des valeurs perdues. Gentiment racoleur, Invincible fait partie de ces films, taillés sur mesure, qu’on adore critiquer.

Invincible, de Angelina Jolie, avec Jack O’Connell, Domhnall Gleeson, Miyavi, Garrett Hedlund, Finn Wittrock, Sortie le 7 janvier 2015, 2h18, distribution : Universal Pictures

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