Terre battue : tu seras un champion mon fils

Moins connu que sa sœur Anaïs, Stéphane Demoustier s’illustrait jusqu’ici dans le format court et le documentaire. Avec Terre Battue, il signe un premier long métrage, héritier direct du cinéma social européen. Descendance dardenienne oblige, les deux frères se reconnaissent dans cette fable moderne et s’en font les producteurs. Ambassadeur français à la Semaine de la Critique du Festival de Venise 2014, Terre Battue marque des points en proposant une version réaliste d’une société au pied du mur

Après son licenciement, Jérôme veut devenir son propre patron. Aveugle aux répercussions que sa décision cause sur l’équilibre de sa famille, il avance bille en tête vers ce qu’il pense être son salut social. Témoin du désarroi de ses parents, Ugo, 11 ans, s’entraîne pour devenir champion de tennis. Elément prometteur, il gravit les échelons jusqu’aux sélections d’entrée au centre d’entraînement de Roland-Garros. Pour déjouer l’infortune de son père, il est prêt à tout pour réussir, mais découvre que tous les coups ne sont pas permis.

Le film dresse un parallèle intéressant entre la compétition inhérente au sport et celle présente dans tous les pans de la société.

A travers l’histoire apparemment banale d’une famille de classe moyenne, Terre Battue observe concrètement la recherche incessante de reconnaissance et de réussite sociale. Le film dresse un parallèle intéressant entre la compétition inhérente au sport et celle présente dans tous les pans de la société. Sur le terrain, la victoire ne récompense que les persévérants et les ambitieux, qu’il s’agisse d’un court de tennis ou du monde du travail. Le fils joue sur le premier et le père (excellent Olivier Gourmet) sur le second. Les deux personnages, pourtant éloignés dans leur attitude et leurs rêves, se rapprochent dans les combats qu’ils mènent. Plus encore, à mesure que le scénario évolue, leurs rôles s’intervertissent et se confondent. Effrayé par sa vie qui périclite, le père se met à chanter « Laissez-moi rêver que j’ai 10 ans » et s’amuse à faire les 400 coups. De son côté, le fils plonge dans le monde des adultes et découvre son lot de  désillusions. Terre Battue se concentre avant tout sur la relation père/fils. En arrière-plan de ce duo, on en oublierait presque la mère (Valeria Bruni-Tedeschi). Ses apparitions à l’écran, qui se comptent sur les doigts de la main, sont pourtant toutes nécessaires à l’issue du film.

A la manière d’un thriller (qui ne dit pas son nom), Terre battue joue sur l’effet de surprise et le sens du détail. Stéphane Demoustier habille son film de décors sobres et authentiques. Cette justesse s’observe lorsque l’on suit Jérôme à travers les dédales d’un magasin de grande distribution ou lorsqu’Ugo se confronte aux discours du sport de haut niveau. Filmée en scope, l’oeuvre favorise les gros plans et accentue la portée dramatique de l’action jusqu’au dénouement final. Inspiré d’un fait divers, la chute crée la surprise mais arrive très lentement. Semblable à une morale, le message qu’elle délivre n’en demeure pas moins le plus intéressant du film. Rien ne sert de courir…

Terre Battue, de Stéphane Demoustier, avec Olivier Gourmet, Valeria Bruni-Tedeschi, Charles Mérienne, durée 1h35, sortie le 17 décembre, comédie dramatique, nationalité française, belge, Diaphana distribution

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