Instinct de survie (The Shallows) : quand le mythe du requin tueur s’essouffle

Parce que la recette continue de fonctionner depuis Les dents de la mer (1975) et son grand blanc hollywoodien, le combo requin/plage paradisiaque n’en finit plus d’alimenter les blockbusters. Sauf qu’à vouloir resservir le même menu estival, l’indigestion n’est jamais loin. Après Sans Identité, Non-Stop et Night Run, Jaume Collet-Serra fait une pause dans le thriller pour se frotter lui aussi au cinéma d’horreur en eaux profondes.

Nancy (Blake Lively) est passionnée de surf. Alors que sa mère décède des suites d’un cancer, elle troque sa blouse d’étudiante en médecine pour sa planche et part à la conquête des rouleaux sur une plage de Tijuana, spot sublime pour habitués. Téméraire, elle reste seule le temps d’une dernière vague, celle de sa rencontre malencontreuse avec un monstre marin. Réfugiée sur un rocher, elle doit livrer combat pour rejoindre le sable.

N’est pas Spielberg qui veut. Depuis que le maître a montré la voie, l’océan est devenu un terrain fétiche pour l’épouvante. Que les baigneurs s’adonnent à l’excursion sous-marine (Open Water, 2004), qu’ils soient à bord d’un voilier de croisière (Dérive mortelle, 2006 ; The Reef, 2009), victimes d’un tsunami (Bait, 2012), ou bien surfeurs donc, le danger est le même pour tous. À tous les coups, les réalisateurs comptent sur notre rapport ambivalent vis-à-vis du monde aquatique : tantôt récréatif et joyeux, tantôt hostile et effrayant.

Survie et serment d’Hippocrate

Parce qu’il faut bien varier les plaisirs, l’héroïne d’Instinct de survie est surfeuse mais aussi futur médecin. Une vocation qui s’avère bien pratique pour en faire un personnage à la fois sympa et combattif. L’idée est originale. Pourtant, et ce malgré la bonne volonté du réalisateur de complexifier la traditionnelle naïade en détresse, elle reste assez creuse. Si le background de ce personnage a le mérite de ne pas uniquement exhiber son mini-bikini, c’est toujours de chair et de sang qu’il est question. Ses liens familiaux, sa culpabilité vis-à-vis de la mort de sa mère, sa désillusion du monde médical : toutes ces informations censées étoffer le personnage féminin interprété par Blake Lively tombent souvent à plat. Maigre consolation : ses compétences lui permettent de se lier d’amitié avec une mouette blessée. Sorte de « Wilson » à plumes (Seul au monde, 2000) dont la présence s’avère presque essentielle.

La musique sauve les meubles

Comme dans tout film d’horreur, les choix musicaux font le gros du boulot. Dans Instinct de survie, cette vérité est frappante. Jaume Collet-Serra décide de s’entourer du compositeur Marco Beltrami. Un habitué du genre qui a notamment collaboré avec Guillermo del Toro (Mimic, Hellboy) et Wes Craven (Scream 3, Cursed). On lui doit aussi la BO du génial Démineurs sorti en 2009. Mis en valeur par sa bande son, les plans sur et sous l’eau prennent la tournure angoissante attendue d’un film de requins. Mais ces quelques frissonnements sont vite oubliés à la vue du squale en question dont les proportions et la voracité laissent esquisser des sourires en coin. Instinct de survie aurait même suscité les vociférations d’océanographes appelant à stopper la discrimination envers ces pauvres bêtes. Au cinéma, tout est permis et le duel de l’homme contre le requin n’a sûrement pas dit son dernier mot. Il faudrait pourtant songer à en modifier un peu la formule…

Instinct de survie (The Sallows) de Jaume Collet-Serra. Avec Blake Lively, Angelo Lozano Corzo, Jose Manuel Trujillo Salas, Sedona Legge, Oscar Jaenada et Brett Cullen. Durée : 1h27. Distributeur : Columbia Pictures.

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