Black Mirror : miroir, mon beau miroir…

Pourquoi ce titre ? La formule métaphorique sonne comme une énigme à résoudre. C’est toute l’idée de cette mini-série futuriste importée d’outre-Manche : intriguer et faire réfléchir. Autopsie de l’âme humaine à l’ère du tout numérique, Black Mirror grossit nos imperfections à l’extrême et les tournent au grotesque.

Dans un futur (qu’on devine très proche), les nouvelles technologies ont continué à gagner du terrain dans nos vies et provoquent les comportements les plus insensés. Imaginez par exemple qu’à la place d’un compte Facebook, le must have soit une puce électronique appelée grain, directement implantée sous votre tempe, vous permettant d’enregistrer et de visionner chaque instant de votre vie. Plutôt flippant. C’est l’une des idées géniales du britannique Charlie Brooker (épisode 1.03 : The Entire History of You), récompensé par le prestigieux International Emmy Award de la meilleure mini-série en 2012. Si la science-fiction contribue souvent à faire vivre nos fantasmes d’intelligence artificielle (dernière en date, la série suédoise Real Humans, diffusée sur Arte), Black Mirror pousse la logique encore plus loin en couplant satires technologiques et vices de la nature humaine.

Format court, grandes idées


Un vent nouveau souffle sur la vaste contrée des séries télé. Sur le format d’abord, Black Mirror se distingue par des saisons trilogiques et des épisodes courts (20 minutes), apanage plus connu des sitcoms. Provoc’ à la manière de Unes de JT, ses chroniques reprennent les codes du système qu’elles dénoncent. Pêle-mêle, Black Mirror étale nos penchants voyeuristes, notre goût pernicieux du spectacle et notre sens moral douteux. Sous ce jour peu flatteur, les faiblesses de la nature humaine se reflètent sur les millions d’écrans (noirs) qui l’entoure. Les épisodes de Black Mirror ne sont reliés les uns aux autres qu’au moyen de ce fil rouge. A nouvel épisode, nouveau décor et nouveau casting. Voilà qui participe beaucoup à l’originalité et au succès de cette série. Tout change, sauf le message. Parmi nombre d’illustres inconnus, on se plaît à reconnaître certains acteurs comme Rory Kinnear, (le Bill Tanner des récents James Bond), Toby Kebbell et Jason Flemyng (habitués des films de Guy Ritchie) ou encore Domhnall Gleeson (frère jumeau de la famille Weasley dans la saga Harry Potter). Quant au choix esthétique sobre et épuré, il se conjugue brillamment avec la subtilité de l’écriture scénaristique.

Show must go on

Au fil d’intrigues aussi saugrenues que glaçantes, les personnages de Black Mirror nous plongent dans une société du spectacle permanent. Virtuel, celui-ci peut avoir lieu partout, tout le temps, et n’importe comment. Toujours plus nombreuses, les interfaces censées connecter les hommes entre eux ont fini de les éloigner du monde réel. Premier épisode choc, The National Anthem aborde la question de plein fouet. Le Premier ministre est sorti du lit par un coup de téléphone. C’est urgent, la princesse Susannah a été kidnappée. Une vidéo tourne déjà sur le net et la “rançon” réclamée met mal à l’aise le Conseil, qui peine à l’annoncer à son leader. Ce dernier est sommé d’avoir une relation sexuelle avec une truie, en direct, à la télévision. Vérification faite, la demande est sérieuse et la menace réelle. Quelques sondages plus tard, l’horreur ne peut être évitée. Et le pays entier a les yeux rivés sur les écrans. Très commenté à sa sortie, l’épisode annonce bruyamment la couleur. Avec une habileté semblable, les épisodes suivants ne nous épargnent rien et donnent corps aux dérives numériques les plus absurdes. Le plus dur, c’est qu’elles sont sont à peine « au-delà du réel » (en clin d’œil à la série fantastique éponyme).

Science-prédiction


Pas sûr qu’on puisse parler de science-fiction pour définir Black Mirror. Sans être crédibles aujourd’hui, les péripéties des personnages sont du domaine du possible. Parce qu’elle se vérifie déjà à moindre échelle, la série a des allures de diseuse de mauvaise aventure. En vrac, le pouvoir des réseaux sociaux, la frénésie du contrôle de l’image ou encore l’engouement pour la téléréalité sont parmi les thèmes récurrents. Poussés à leur paroxysme, ils n’en demeurent pas moins extrêmement pertinents. Du drame, du fantastique, un brin d’épouvante et beaucoup d’absurde : voilà la recette de cette série anthologique. Au-delà du discours prophétique, la réalisation est toujours impeccable. On se réjouit des prochaines saisons !

Black Mirror, série britannique de Charlie Brooker, créé en 2011

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